Transformation des achats : méthode, feuille de route et leviers pour créer de la valeur durable

Eléonore Roucaute

La transformation des achats ne consiste pas uniquement à déployer un nouvel outil ou à automatiser quelques tâches administratives. Elle consiste à repenser en profondeur la manière dont la fonction Achats crée de la valeur : comment elle structure ses processus, pilote ses dépenses, collabore avec les métiers, sécurise ses fournisseurs et mesure sa contribution à la performance de l’entreprise.

Pour réussir, une transformation achats doit donc s’appuyer sur une feuille de route claire, une vision cible partagée et une exécution progressive, capable d’embarquer les équipes achats, finance, métiers, fournisseurs et direction générale. C’est cette approche structurée à la fois technologique, organisationnelle et humaine qui permet de passer d’une digitalisation ponctuelle à une transformation réellement créatrice de valeur.

Qu’est-ce que la transformation des achats ?

La transformation des achats désigne l’évolution de la fonction Achats vers un rôle plus stratégique, plus digitalisé et plus orienté performance.

Elle ne se limite pas à remplacer des fichiers Excel, des emails ou des processus manuels par une solution digitale mais vise à transformer durablement la façon dont les achats sont définis, exécutés, contrôlés et pilotés.

Elle repose sur plusieurs leviers :

  • digitalisation des processus achats
  • automatisation des flux (P2P, sourcing, facturation)
  • meilleure exploitation des données
  • amélioration de la collaboration fournisseurs

👉 L’objectif n’est pas seulement d’optimiser les processus, mais de renforcer la performance globale de l’entreprise : maîtrise des coûts, réduction des risques et création de valeur durable.

Une transformation achats réussie permet notamment de :

  • mieux maîtriser les dépenses ;
  • réduire les achats hors contrat ;
  • automatiser les processus répétitifs ;
  • fiabiliser les données fournisseurs et contractuelles ;
  • renforcer la conformité ;
  • améliorer la collaboration entre les Achats, la Finance, les métiers et les fournisseurs ;
  • donner aux décideurs une vision plus fiable de la performance achats.

C’est cette logique que l’on retrouve chez Corcentric : la transformation doit partir d’un état des lieux précis, puis s’appuyer sur une vision claire de ce que la fonction Achats doit devenir.

Pourquoi la transformation des achats est devenue incontournable ?

Les Directions Achats évoluent dans un environnement plus complexe : pression sur les coûts, tensions supply chain, inflation, exigences réglementaires, risques fournisseurs, attentes RSE et montée en puissance de l’IA. 

Dans ce contexte, les processus achats traditionnels montrent rapidement leurs limites : 

  • manque de visibilité sur les dépenses ; 
  • multiplication des validations manuelles ; 
  • données fournisseurs dispersées ; 
  • difficulté à suivre les engagements budgétaires ; 
  • faible adoption des outils par les métiers ; 
  • reporting incomplet ou peu fiable ; 
  • perte de contrôle sur les achats indirects. 

Le sujet n’est donc plus seulement de “digitaliser” les achats. Il s’agit de construire un modèle capable de rendre la fonction plus agile, plus collaborative et plus contributrice à la performance globale de l’entreprise. 

Transformation des achats : pourquoi l’outil ne suffit pas

Une erreur fréquente consiste à réduire la transformation des achats au choix d’une solution digitale. Or, un outil, aussi performant soit-il, ne crée pas de valeur s’il n’est pas aligné avec les processus, les règles métier, les utilisateurs et les objectifs de l’entreprise. 

Une transformation achats réussie repose sur 5 piliers :

1. Une vision cible claire

Il faut définir le rôle attendu de la fonction Achats : centre de contrôle des dépenses, partenaire business, acteur de la performance fournisseurs, contributeur RSE, garant de la conformité ou moteur de transformation financière ?

2. Des processus structurés

Les processus doivent être cartographiés, harmonisés puis digitalisés. La valeur ne vient pas seulement de l’automatisation, mais de la capacité à supprimer les frictions, les doublons, les exceptions inutiles et les points de rupture.

3. Des données fiables

Sans données achats, fournisseurs et contrats fiables, il devient difficile de piloter les dépenses, d’identifier les économies, de suivre les risques ou de mesurer la performance. 

4. Une adoption utilisateur forte

La transformation échoue lorsque les outils sont trop complexes ou mal adaptés aux usages métiers. L’expérience utilisateur doit donc être pensée comme un facteur clé de performance.

5. Un pilotage du ROI

La transformation doit être mesurée : économies générées, taux d’adoption, réduction des délais, amélioration du taux de conformité, baisse des erreurs, qualité des données, diminution des tâches manuelles, etc. 

Comment construire une feuille de route de transformation des achats ?

La transformation de la Direction Achats doit s’appuyer sur une compréhension fondamentale de l’état actuel de votre service Achats et sur une vision claire de ce à quoi vous voulez qu’elle ressemble. Toutefois, le chemin qui sépare ces deux points est long et les parties prenantes qui doivent vous suivre dans cette aventure sont nombreuses, la manière dont vous allez concrétiser cette vision est donc extrêmement importante.

C’est là que vous aurez besoin d’une feuille de route détaillée de la transformation, c’est-à-dire une liste précise de l’ensemble des étapes qui doivent être franchies ainsi que les délais dans lesquels vous devez y parvenir.

1. Évaluer la situation actuelle

Avant de lancer un projet de transformation, il est indispensable de comprendre l’existant : 

  • quels processus sont déjà formalisés ? 
  • quelles étapes restent manuelles ? 
  • où les équipes perdent-elles du temps ? 
  • quelles données sont disponibles ? 
  • quels outils sont utilisés ? 
  • quels irritants remontent des métiers ? 
  • quels fournisseurs ou catégories d’achats concentrent les risques ? 
  • où se situent les principales opportunités d’économies ? 

Cette phase de diagnostic permet de distinguer les vrais leviers de transformation des simples irritants opérationnels.

2. Définir la vision cible

La feuille de route doit ensuite clarifier l’ambition : à quoi devra ressembler la Direction Achats demain ? 

Cette vision peut porter sur : 

  • la centralisation des dépenses ; 
  • la professionnalisation des achats indirects ; 
  • le pilotage budgétaire en temps réel ; 
  • la sécurisation du référentiel fournisseurs ; 
  • l’automatisation du Procure-to-Pay ; 
  • la digitalisation des contrats ; 
  • l’amélioration de la collaboration avec les métiers ; 
  • le suivi de la performance fournisseurs. 

3. Impliquer les parties prenantes dès le départ

Avant d’élaborer cette feuille de route, vous devez cependant recueillir des informations non seulement auprès des principales parties prenantes et de l’équipe Achats, mais aussi de l’ensemble des protagonistes et des unités opérationnelles impliqués, concernant d’éventuelles préoccupations. Ces informations doivent entrer en ligne de compte lors de la création de votre feuille de route, faute de quoi, vous perdrez la confiance de l’équipe. Si ses membres ne sont pas enthousiastes ou impliqués face à cette transformation, vous aurez toutes les peines du monde à ce qu’elle soit couronnée de réussite.

La transformation des achats implique ainsi :

  • les prescripteurs ; 
  • les approbateurs ; 
  • la Finance ; 
  • la Comptabilité fournisseurs ; 
  • le Contrôle de gestion ; 
  • les Achats ; 
  • les fournisseurs ; 
  • la DSI ; 
  • la Direction générale. 

Ensuite il est judicieux de diffuser la feuille de route à l’ensemble des parties prenantes afin qu’elles soient sûres et certaines que le projet est en bonne voie. Tout au long de ce périple, il est important de faire preuve de souplesse et d’avoir bien conscience que des événements sont susceptibles de modifier le calendrier. Toutefois, le résultat final que vous souhaitez atteindre doit rester le même. Face à ces événements, tous les changements doivent apparaître sur la feuille de route et toutes les parties prenantes doivent en prendre connaissance et comprendre dans quelle mesure cela affecte, ou non, le rôle qu’elles ont à jouer

4. Prioriser les chantiers de transformation

Toutes les actions ne doivent pas être lancées en même temps. Une feuille de route efficace distingue : 

  • les quick wins ; 
  • les chantiers structurants ; 
  • les prérequis data ; 
  • les sujets de conduite du changement ; 
  • les dépendances SI ; 
  • les étapes de déploiement par entité, pays, catégorie ou processus. 

L’objectif est de sécuriser une trajectoire réaliste, progressive et mesurable.

5. Définir les KPIs

Une transformation achats doit être pilotée par des indicateurs reliés à des processus concrets :

  • taux d’adoption de la solution ; 
  • part des dépenses sous contrôle ; 
  • taux de commandes avec bon de commande ; 
  • taux de factures rapprochées automatiquement ; 
  • délai moyen d’approbation ; 
  • temps de traitement facture ; 
  • taux d’achats hors contrat ; 
  • qualité du référentiel fournisseurs ; 
  • économies générées ;
  • conformité fournisseurs ;
  • taux de couverture contractuelle. 

Les leviers concrets d’une transformation achats réussie

Digitaliser le processus Source-to-Pay de bout en bout

La transformation doit connecter les étapes clés : gestion fournisseurs, sourcing, contrats, demandes d’achats, commandes, réceptions, factures et paiements.  Le vrai bénéfice n’est pas seulement d’automatiser une étape isolée, mais de créer une continuité opérationnelle entre les Achats et la Finance. 

Mettre les dépenses sous contrôle

La transformation des achats doit permettre de réduire les achats sauvages, d’encadrer les engagements et de garantir que chaque dépense suit le bon circuit de validation. 

  • Réduction des achats hors contrat
  • Validation systématique
  • Pilotage budgétaire

Relier les Achats à la Finance

Souvent sous estimée, une transformation achats performante ne s’arrête pas à la commande. Elle doit aussi sécuriser l’engagement budgétaire, fiabiliser les imputations, faciliter le rapprochement facture-commande, améliorer le pilotage des provisions et donner à la Finance une vision en temps réel des dépenses engagées. 

Améliorer l’expérience utilisateur

Une transformation achats ne réussit que si les utilisateurs l’adoptent. Les prescripteurs doivent pouvoir formuler une demande simplement, suivre leurs commandes, accéder aux catalogues adéquats et comprendre les règles de validation. Plus l’expérience est fluide, plus les achats sont canalisés dans le bon processus.

« Nos demandeurs s’approprient facilement l’outil, son utilisation est proche de celle des sites de commerce en ligne. Nous avons pu le vérifier lors de la mise en œuvre. Chef de Projet, Arkema

Industrialiser sans rigidifier

Une transformation achats doit standardiser les bonnes pratiques sans rigidifier les organisations. Les entreprises multisites, multi-entités ou multi-pays ont besoin d’un socle commun, mais aussi de règles capables de s’adapter aux spécificités locales, métiers ou budgétaires. 

Corcentric est un outil flexible et performant, il s’adapte à nos problématiques métiers et à la complexité de notre organisation. »Chef de Projet, Arkema

Les erreurs à éviter

Erreur n°1 : choisir un outil avant d’avoir défini les processus 

Un outil ne compensera pas des processus mal définis. Avant de digitaliser, il faut clarifier les règles d’achat, les circuits de validation, les catégories, les rôles et les responsabilités.

Erreur n°2 : négliger la donnée

Des données fournisseurs, contrats ou dépenses incomplètes limitent rapidement la valeur du projet. La donnée doit être traitée comme un chantier de transformation à part entière.

Erreur n°3 : oublier les métiers

Les métiers sont souvent à l’origine du besoin d’achat. S’ils ne comprennent pas le processus ou si l’outil leur semble trop contraignant, ils contourneront la solution. 

Erreur n°4 : piloter uniquement le déploiement, pas la valeur

Le succès ne se mesure pas au nombre d’utilisateurs créés ou de modules activés. Il se mesure à la valeur générée : économies, efficacité, conformité, visibilité, qualité des données et réduction des risques. 

Erreur n°5 : considérer la transformation comme un projet à date fixe 

La transformation achats est un programme évolutif. La feuille de route doit pouvoir s’adapter aux priorités business, aux retours terrain et aux évolutions réglementaires ou technologiques.

Quel rôle pour l’IA dans la transformation des achats ?

L’IA peut accélérer la transformation des achats, mais elle ne remplace pas les fondamentaux. Elle crée de la valeur lorsqu’elle s’appuie sur des processus structurés, des données fiables et des règles métier claires.

Voici quelques cas d’usages concrets :

  • extraction intelligente de données fournisseurs ou factures ; 
  • génération automatique de demandes d’achats à partir de documents ; 
  • analyse des dépenses et détection d’anomalies ; 
  • aide au pilotage des risques fournisseurs et contractuels. 

Exemple concret : transformer les achats dans une organisation multisite

Dans une organisation multisite, la transformation des achats ne consiste pas seulement à déployer une solution commune. Elle doit permettre d’harmoniser les pratiques, de sécuriser les engagements, d’uniformiser les catalogues, de fiabiliser les données et de donner à chaque entité une meilleure visibilité sur ses dépenses.

Pour les groupes multisites, la transformation achats représente un levier majeur de standardisation et de pilotage. Elle permet de sécuriser les pratiques tout en tenant compte des réalités locales : établissements, filiales, points de vente, métiers ou pays. L’enjeu est de construire un socle commun suffisamment robuste pour garantir la conformité, mais suffisamment flexible pour accompagner les usages terrain.

Chez UNIVI, groupe associatif regroupant plus d’une centaine d’établissements, la transformation des achats a d’abord répondu à un enjeu clé : harmoniser les pratiques tout en respectant la diversité des activités (Santé, Seniors, Handicap).

Dans un environnement multisite, l’absence de cadre commun générait des écarts de pratiques, une visibilité limitée sur les dépenses et des opportunités d’optimisation difficiles à exploiter à l’échelle du groupe.

La mise en place d’une politique achats unifiée a permis de :

  • standardiser les procédures tout en les adaptant aux spécificités de chaque établissement
  • sécuriser les approvisionnements grâce à des catalogues fournisseurs référencés
  • renforcer le pouvoir de négociation via la centralisation des contrats stratégiques
  • améliorer la transparence et la cohérence des dépenses entre les différentes entités

Cette approche a permis à UNIVI de concilier pilotage global et autonomie locale, un enjeu central dans toute organisation multisite.

« Nous sommes très satisfaits de pouvoir renforcer notre partenariat avec Corcentric entamé dès 2021. Notre groupe poursuit sa transformation en digitalisant l’ensemble de sa politique achats au sein de ses trois pôles d’activités. » Directeur Général, UNIVI

Comment mesurer la réussite de la transformation des achats ?

La réussite d’une transformation achats peut être mesurée à travers plusieurs familles d’indicateurs : 

Type de performance Indicateurs
Performance économique
  • Économies réalisées
  • Dépenses sous contrat
  • Réduction des dépenses hors contrôle
  • Optimisation des coûts administratifs
Performance opérationnelle
  • Délai moyen de traitement d’une demande
  • Délai d’approbation
  • Taux d’automatisation des commandes
  • Taux de rapprochement automatique facture-commande
Performance fournisseurs
  • Taux de fournisseurs référencés
  • Conformité documentaire
  • Performance fournisseurs
  • Risques fournisseurs identifiés
Performance utilisateur
  • Taux d’adoption
  • Satisfaction des utilisateurs
  • Réduction des demandes hors outil
  • Taux d’utilisation des catalogues
Performance financière
  • Visibilité sur les engagements
  • Qualité des imputations
  • Suivi budgétaire
  • Réduction des erreurs de facturation

De la digitalisation à la transformation : ce qui fait vraiment la différence

Toutes les entreprises peuvent digitaliser une partie de leurs achats. Mais toutes ne parviennent pas à transformer durablement leur fonction Achats. 

La différence se joue dans la capacité à : 

  • connecter les achats, la finance et les métiers ; 
  • structurer les processus avant de les automatiser ; 
  • fiabiliser les données pour mieux décider ; 
  • embarquer les utilisateurs dans le changement ; 
  • piloter la performance dans la durée ; 
  • adapter la feuille de route aux priorités réelles de l’entreprise. 

Une transformation achats réussie ne repose donc pas uniquement sur la technologie. Elle repose sur un équilibre entre solution digitale, expertise métier, conduite du changement et amélioration continue. 

C’est cet équilibre qui permet aux Directions Achats de passer d’un rôle transactionnel à un rôle de partenaire stratégique, capable de sécuriser les opérations, d’améliorer la performance financière et de contribuer aux objectifs de croissance de l’entreprise.

FAQ – Transformation des achats

Qu’est-ce que la transformation des achats ?

La transformation des achats consiste à faire évoluer la fonction Achats vers un modèle plus stratégique, digitalisé et piloté par la donnée. Elle vise à améliorer la maîtrise des dépenses, l’efficacité opérationnelle, la collaboration fournisseurs, la conformité et la contribution des achats à la performance globale de l’entreprise. 

Quelle différence entre digitalisation et transformation des achats ?

La digitalisation des achats consiste à utiliser des outils pour automatiser ou simplifier certains processus. La transformation des achats va plus loin : elle repense les processus, les rôles, les données, la gouvernance, les indicateurs de performance et la collaboration entre les Achats, la Finance, les métiers et les fournisseurs. 

Pourquoi une feuille de route est-elle indispensable ?

Une feuille de route permet de structurer la transformation dans le temps. Elle définit les priorités, les étapes, les parties prenantes, les ressources nécessaires et les indicateurs de réussite. Sans feuille de route, le risque est de multiplier les initiatives isolées sans impact durable. 

Quels sont les principaux leviers d’une transformation achats réussie ? 

Les principaux leviers sont la clarification des processus, la qualité des données, l’automatisation du Source-to-Pay, l’adoption utilisateur, le pilotage des fournisseurs, la conduite du changement et la mesure continue du ROI. 

Quels KPI suivre pour mesurer la transformation des achats ? 

Les KPI les plus utiles incluent le taux d’adoption, la part des dépenses sous contrôle, le taux d’achats hors contrat, le délai de traitement des demandes, le taux d’automatisation des commandes, le taux de rapprochement facture-commande, la conformité fournisseurs et les économies générées. 

Quel rôle joue l’IA dans la transformation des achats ? 

L’IA peut accélérer la transformation des achats en automatisant certaines tâches, en fiabilisant l’extraction de données, en améliorant l’analyse des dépenses ou en aidant à détecter les risques. Mais elle ne crée de valeur que si elle repose sur des processus structurés, des données fiables et une gouvernance claire.